يد واحده ما تصفق

Yedd ouahda ma tsafek
Une main toute seule ne peut pas applaudir

vendredi 12 février 2010

La Guerre d'Algérie en BD (4) Là-Bas

Je ne connaissais pas la BD Là-Bas de Tronchet et Sibran jusqu'à ce que Jennifer Howell nous en parle dans l'entretien qu'elle nous a accordé sur ce blog. J'ai donc pris le temps de lire cette histoire empreinte d'une forte nostalgie, celle du pays perdu.

Voici ce que nous en disait J. Howell :
"Tronchet, le dessinateur de Là-bas, exploite bien les couleurs pour dévoiler les émotions des personnages : le rouge, le bleu, le vert, le jaune. Chaque couleur prend une signification particulière par rapport à la narration (le vert domine les cases dans lesquelles la maladie d’un des personnages se manifeste ; le rouge colore la scène dans laquelle les membres de l’OAS tirent sur des gens faisant leurs courses au marché). En plus de ces deux techniques, il y a aussi celle du gros plan. Le rapprochement (comme au cinéma) exagère l’angoisse des personnages (les gros plans sur les visages) et l’agitation d’une foule (lorsque les protagonistes se trouvent « coincés » dans une foule à l’intérieur d’une case). Le gros plan des foules permet aussi au dessinateur de faire une représentation métonymique de la foule (il n’est pas obligé de dessiner beaucoup de personnes). La métonymie est d’ailleurs importante : les bédéistes ne peuvent pas tout montrer. En faisant le tri des événements, des horreurs de la guerre, ils doivent décider ce qu’il faut montrer pour réussir l’effet désiré."


Il s'agit au départ d'un récit d'Anne Sibran en hommage à son père. Celui-ci a quitté l'Algérie le 4 juillet 1962, en même temps que de nombreux pieds-noirs au moment de l'indépendance du pays. Il gagne alors une métropole qu'il ne connaît pas, où son accent et sa manière d'être dénotent dans un paysage gris et froid. Nous suivons les déboires de la famille à travers les yeux et les mots de la petite fille qui n'a pas connu ce pays qui semble hanter tous les membres de sa famille. C'est un beau récit dans lequel la couleur tient en effet une très grande place pour exprimer les sentiments des personnages. La famille est le lieu de transmission de ces couleurs. Au centre de l'histoire, la relation entre un père et sa fille, entre une soeur et un frère. La douleur de l'exil exacerbe les tensions et la dimension affective de ces relations, autour de la transmission.
Au final, une BD empreinte d'une grande tristesse mais qui parvient sans doute, de cette manière, à viser juste.




Tronchet et Sibran, Là-Bas, Dupuis, 2003
[Disponible au CDI du Lycée Claude Gellée]

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